Le guichet du terroir, une porte d’entrée de la région, conviviale et multi-facettes

Posted by on 30 Nov 2018

Le guichet du terroir, une porte d’entrée de la région, conviviale et multi-facettes

C’est la vie quotidienne qui défile au guichet : une personne qui cherche des cartes postales, une autre qui établit son horaire pour l’aéroport et achète ses billets, un conducteur du bus qui vient prendre sa pause, une personne qui veut du thé chai et Françoise qui ne connaît pas la recette, mais l’apprend volontiers de sa cliente. À la gare des Diablerets, ce n’est pas un automate, mais un guichet convivial qui vous accueille, non seulement avec des billets, mais aussi avec des produits locaux et un petit café, un endroit où se croisent les gens locaux et ceux de passage.

Françoise, merci de nous accueillir ici, pourriez-vous vous décrire en 60 secondes ?

Je suis une enthousiaste avec 12 000 idées à la minute, une touche-à-tout avec une formation initiale de libraire. J’ai travaillé chez Payot où j’ai fait tous les rayons, d’ailleurs ils m’ont tous intéressé. J’ai aussi eu la chance d’avoir 3 enfants qui s’intéressaient à tout, comme d’ailleurs dans ma famille où nous avons toujours été très curieux de tout.

Que faites-vous actuellement ?

Je suis assesseur de justice de paix à Aigle depuis 20 ans et bien sûr je gère le guichet du terroir. J’ai une passion pour les personnes âgées, pour écouter les récits de vie. J’aime les gens, j’aime être utile. C’est pourquoi j’avais repris la cordée de l’amitié. Le but de cette association est de créer un lien entre gens à l’EMS et ceux qui restent à la maison grâce à des rencontres mensuelles, mais aussi à des occasions particulières.

Pourquoi êtes-vous attachée à la région ?

Je viens d’une famille d’ouvriers et mes parents ont acheté une grange à Vers-l’église en 1956. Chaque membre de la famille a aidé à la reconstruction avec ses propres compétences et cette grange est devenue notre lieu de retrouvailles. J’ai d’ailleurs été baptisée à Vers-l’église à 10 jours.

Racontez-nous comment est né le guichet du terroir ?

Il était prévu de fermer le guichet de la gare des Diablerets en décembre 2016, car il n’était pas rentable. Une pétition s’est organisée pour s’opposer à sa fermeture. A l’époque, j’étais Municipale en charge de la mobilité et de la durabilité. Devant l’impossibilité de maintenir le guichet de la gare, les TPC (NDLR Transports Publics du Chablais) ont accepté la création d’un commerce incluant un guichet et une maison du terroir. Ainsi le Guichet est né !

Je gère le Guichet du Terroir en collaboration avec Catherine Sthioul-Cossy qui cherchait un local pour vendre ses tartes, sa sauces à salade maison etc. Elle vient de l’hôtellerie et de la restauration. Lorsque j’ai décidé de me retirer de la Municipalité, je me suis consacrée au Guichet du Terroir avec Catherine.

Qu’est-ce qui a été facile dans ce projet ?

La valorisation des produits du terroir est dans l’air du temps et lorsqu’en plus on est convaincu par son projet, il est facile de convaincre les autres. L’enthousiasme est communicatif !

Qu’est-ce qui a été plus compliqué dans ce projet ?

Les finances ! Les charges sociales coûtent très cher et la contrainte des heures d’ouverture implique d’avoir du personnel si on veut pouvoir tenir le coup sur le long terme. D’un autre côté on a pu bénéficier d’un allègement des charges fixes grâce à l’aide des TPC qui nous fait un petit loyer et nous a aidés à aménager le local.

Ensuite nous avons le problème des marges. Nous alignons nos prix à ceux du fournisseur qu’il pratique directement chez lui, mais nous avons des différences de TVA et la négociation du partage de la marge est très aléatoire.

Quel bilan dressez-vous au bout de 18 mois ?

Les clients nous disent que c’est la plus belle gare d’Europe, un lieu accueillant, une porte d’entrée du glacier qui présente aussi un autre aspect de la région avec ses produits locaux. Notre objectif initial est donc atteint. Nous ne faisons pas concurrence aux commerçants locaux, car nous ne présentons pas tous les produits, nous sommes simplement une vitrine et redirigeons ensuite les clients directement vers les fournisseurs ou détaillants.

Dans les autres points positifs, les TPC ont vu une hausse des ventes de billets par rapport à avant. Les gens resquillent moins et certains prennent le train plutôt que la voiture, simplement à cause de l’existence du guichet.

Avec les quelques places assises, les personnes aiment aussi venir ici pour se rencontrer, se poser… après avoir pris un livre dans notre cabine à livres !

Dans les points négatifs, je dirai que nous sommes encore peu connus au niveau de la région et en local. Certains ne nous prennent pas au sérieux, j’ai même entendu « pourquoi un guichet du terroir, on a déjà un musée ! ». Mais nous avons plein de projets pour y remédier. Par exemple, nous organisons un marché de noël avec Anne Jaton et l’office du tourisme les 15 et 16 décembre prochain. Le 16 mars 2019, nous organisons un concert avec le Choeur des Armaillis de la Gruyère à la Maison des Congrès Claude Nicollier. Je me réjouis !

Il y a aussi la question de la gestion des stocks et notamment des denrées périssables. Cela demande de s’ajuster, anticiper les coups de feu de la haute saison, etc.

J’aimerais aussi développer une plateforme de e-commerce pour améliorer notre visibilité, faire un peu de vente à distance et faire travailler la poste. Avis aux développeurs web !

Par votre expérience, comment percevez-vous les défis de gestion d’une communauté, particulièrement dans la région ?

Il y a quelque chose qui revient régulièrement : c’est le maillon du dernier kilomètre qui n’est pas pris en compte et péjore l’ensemble du projet et son succès. Il faut aussi savoir expliquer et communiquer sur les projets.

Notre avenir passe par la solidarité, car nous sommes trop peu et trop faibles pour faire cavalier seul. Nous devons aussi raisonner avec une logique de durabilité et ne pas oublier que « quand on veut trouver du travail, on met ses plus beaux habits ».

Une petite anecdote encore à nous raconter sur la vie quotidienne au guichet du terroir ?

Un jour, une dame suisse alémanique arrive paniquée au guichet, car la maman d’une touriste hindoue s’est endormie dans le Post-Auto qui est reparti sur Gstaad. On a tout de suite téléphoné au chauffeur de bus qui l’a conduite dans le prochain bus qui retournait aux Diablerets et tout est rentré dans l’ordre. C’est aussi cela le guichet, une présence pour vous aider à faire face aux imprévus. Avec la seule existence d’un automate, ç’aurait été une autre histoire !

Merci, Françoise, pour ce partage d’instants de vie au guichet du terroir et ce retour d’expérience sur un projet de réaffectation d’un lieu existant pour créer une nouvelle dynamique !

 

Informations additionnelles :

Le guichet du terroir

Autres exemples de maisons du terroir des Alpine pearls :

Pour tout savoir sur le label Alpine Pearl 

2 Comments

  1. Elle est superbe votre histoire !
    Au Pays d’Enhaut, la gare MOB se diversifie, mais en comparaison il reste à faire.
    A plus petite échelle, il se passe quelque chose d’intéressant à celle de Rossinière avec la boîte à livre.
    Mais à Rougemont, rien encore !
    A suivre et merci à la communauté !
    Christophe

    • Merci Christophe, pour l’info sur la boîte à livres à Rossinière! On pourrait commencer un recensement de ces boites pour la région.

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